Cours du 23 mars 2001

 

L'autorité : marque, et non pas signe

J’ai introduit la dernière fois la notion d’autorité dans sa corrélation à celle du respect, dont l’objet est le vrai autrement dit le distingué. Le distingué, dans tous les domaines, se caractérise par son autorité, puisqu’il impose le respect. On peut certes dire que tout respect est respect de l’autorité, mais il faut sortir de la réciprocité de ces deux notions. C’est ce que permet de faire la problématique des marques, puisque la notion de marque permet une approche positive de la question de la vérité : la vérité se reconnaît à son lieu, en ce sens qu’elle est là où le savoir ne compte pas. Le vrai est distingué parce que sa réalité ne compte pas, en ceci déjà que ne compte pas le savoir dont il relève, mais seulement qu’il existe, ce que pointe la marque, en récusant que le savoir et donc la réalité, puissent jamais compter. Le respect, ainsi défini à l’encontre de toute possibilité d’expérience, concerne toujours quelque chose dont l’existence compte et pas la réalité – raison pour laquelle, par exemple, l’amour comprend nécessairement du respect, puisque ceux que nous aimons, nous leur rendons grâce d’exister. Ainsi l’amour est gratitude envers l’existence – ce qu’on peut encore traduire ou bien objectivement en disant que l’amour est toujours amour du vrai (on n’aime que là où le savoir ne compte pas), ou bien subjectivement en disant qu’on a toujours raison d’aimer. Bref, il faut partir du vrai pour penser le respect qui en est la reconnaissance, telle qu’on la voit notamment impliquée dans l’amour.

La signification du respect, si elle est reconnaissance du vrai comme tel, concerne le marqué, puisque le vrai est le distingué et que c’est la marque qui distingue. Or, justement de s’entendre à l’encontre de toute possibilité d’expérience, le respect implique d’avance la récusation de tout savoir dont son objet pourrait être la source, et qui compterait à sa place. Il n’y a par conséquent pas de différence entre rappeler que le respect s’entend à l’encontre de l’éventualité de l’expérience et rappeler que la marque s’entend à l’encontre du signe. Beaucoup des apories qui sont liées à la notion de l’autorité proviennent de la confusion de la marque et du signe, et je vais m’efforcer aujourd’hui de progresser dans l’intelligence de la notion d’autorité en utilisant cette voie. 

L’autorité ne se signifie pas

L’objet du respect est le vrai, dont je répète souvent qu’il n’est pas un réel d’une espèce particulière.  La distinction du vrai tient à son autorité : le vrai, c’est le réel, à ceci près qu’il est autorisé et, selon ce que j’ai appelé la réversibilité de la marque ou encore du respect (les gens respectueux inspirent du respect), fait autorité. Mais bien sûr l’autorité (par opposition au pouvoir ou à la puissance) n’est pas quelque chose dont on puisse donner une aperception objective, au sens où il suffirait d’en prendre une certaine quantité pour que du réel devienne du vrai. C’est toujours de distinction qu’il s’agit : les gens distingués, ils font autorité ; et inversement toute personne qui fait autorité dans un domaine sera qualifiée de « distinguée » (par exemple un helléniste distingué).

Si la question de la distinction (c’est-à-dire de la vérité) est la même que celle de l’autorité, cela signifie qu’il est impossible au vrai d’être effectivement vrai. Il est originellement exclu qu’on puisse jamais être assuré du vrai, alors même qu’on peut le définir comme ce dont l’être est assuré (« être vraiment »). Quelque circonstance triviale peut tout à fait abolir cette assurance. Par exemple des moyens objectifs (radiographie, etc.) font apercevoir que tel tableau qu’on avait toujours pensé de la main même de Rembrandt est en réalité d’un de ses élèves : instantanément, il cesse d’être une œuvre et toute la pratique sociale en tirera les conséquences (il sera ôté du musée où il se trouvait, sa valeur marchande s’effondre et devient commensurable à celle des biens ordinaires, etc.) – preuve, soit dit en passant, que tout le monde admet que la réalité d’une chose n’a rien à voir avec sa vérité dont par ailleurs elle ne diffère pas (puisque par ailleurs le tableau est bien toujours le même). Ainsi la vérité perdue n’est pas autre chose que la réalité conservée, justement parce qu’il n’y a pas une différence entre le vrai et le faux (exemple paradigmatique de la copie parfaite).

Or cette distinction à son tour ne peut pas être une réalité positive. Que signifie par exemple qu’un tableau soit du génie de Rembrandt ? D’un point de vue objectif, absolument rien : on peut seulement établir qu’une oeuvre exprime l’idiosyncrasie de son auteur, comme n’importe quoi le fait à propos de n’importe qui, et non pas qu’elle est une oeuvre. La signification exclusivement éthique de la notion du génie, et par conséquent de la notion d’œuvre qui est en est l’envers objectif (le créateur n’a pas cédé sur le fait qu’il était lui-même, alors que le meilleur de ses élèves a cédé, puisqu’il a peint à la manière de son maître – et parfois mieux, avec plus de sûreté et de justesse, comme en attestent plusieurs exemples illustres) interdit qu’elles puissent jamais donner lieu à un établissement, de sorte que la réalité du vrai concernera seulement les conditions de sa vérité, mais pas cette vérité elle-même qui n’est littéralement rien (il s’agit d’abord que le tableau soit réellement de Rembrandt).

La mention du rien, vous le savez, renvoie toujours à la question originelle de la métaphysique, et donc, à la question de l’origine comme lieu de l’alternative entre quelque chose et rien (la cause ou le fondement sont toujours déjà du côté de quelque chose). Dire que la vérité n’est rien d’autre que la réalité, c’est par conséquent la définir par l’origine, dont toute la réalité apparaît à la réflexion comme les conditions – puisqu’il faut bien qu’il y ait une réalité pour qu’elle ne compte pas.

Il s’agit de ce paradoxe dans le respect : celui qui nous inspire ce sentiment (par opposition à l’admiration ou à l’estime morale), il ne le fait qu’à nous avoir fait reconnaître les conditions de la vérité, dont réflexivement nous dirons que la vérité les a commandés. Voilà en quoi le respect est un sentiment c’est-à-dire une réflexion : dans la décision qu’on prend sans le savoir de reconnaître les conditions de la vérité comme telles. J’insiste sur l’idée de décision qui renvoie à la notion d’acte et donc au sujet de l’éthique, par opposition au choix qui renvoie uniquement au savoir et au sujet anonyme dont celui-ci est l’institution.

Mais bien sûr on peut prendre la décision inverse : il y a des gens, les triviaux qui ont décidé de toujours nier la distinction de ce qui compte relativement à ce qui importe, qui ne respectent rien c’est-à-dire qui n’aperçoivent rien de respectable (peut-être cette notion des triviaux est-elle purement idéale : dans la réalité, un épicier, un notaire ou un chef de bureau respectent l’argent, la domination, la position sociale ou l’idée d’organisation, par exemple).

Non pas surtout que le vrai soit l’objet d’une constitution. J’ai déjà indiqué ce paradoxe de la distinction en disant qu’on ne distingue jamais que ce qui se distingue, de sorte qu’il est absurde d’en faire une constitution : c’est la marque qui décide ; car sinon pourquoi distinguerait-on ceci plutôt que cela ? Je ne reviens pas là-dessus, mais j’indique seulement que toutes les difficultés qu’on peut rencontrer à ce sujet viennent de ce qu’on confond la marque et le signe : puisqu’on ne trouve pas de signe du vrai qui motiverait sa reconnaissance et donc son respect, on en déduit que le respect (la distinction actuelle) est une constitution… Mais l’autorité ne se signifie pas : elle se marque 

C’est de cette méconnaissance de l’autorité (précisément : elle est ce qui se marque) que procèdent les apories dans lesquelles on s’enferme habituellement quand on réfléchit sur cette notion (apories qu’il serait facile de mettre en évidence et de déconstruire chez les plus grands auteurs – mais tout le monde peut s’amuser à le faire, maintenant que j’ai donné la clé).

En passant j’indique l’origine de la confusion du signe et de la marque, qui interdit habituellement de penser l’autorité : c’est le statut réflexif du signe relativement à la marque. Je donne juste un exemple qui, j’espère, alimentera vos réflexions. Le jeune de banlieue veut des chaussures « de marque » : si ses parents lui offrent des chaussures très belles et très confortables mais dépourvues de ce qui compte à ses yeux, il les jette rageusement : « ce ne sont pas des vraies ! » ; et il est indubitable qu’il éprouvera du respect pour ses chaussures (il en prendra un soin particulier) si elles portent la griffe de tel ou tel fabricant. Mais il y a un second niveau, qui n’a plus rien à voir avec la question de la vérité : dans son milieu social, le port des chaussures de cette marque est un signe d’appartenance à telle ou telle bande, à telle ou telle cité. Les chaussures posent la question de la vérité, et le port des chaussures pose la question de l’appartenance – marque, signe. Voilà ce qu’il ne faut pas confondre.

Que l’autorité, donc, relève de la marque et non pas du signe, c’est ce qui implique la nécessité réflexive (donc inséparable de l’horizon du signe) de déprécier le respectable. J’emploie à dessein l’idée de prix, alors que la question du respect renvoie au contraire à la dignité. Mais justement : il est impossible de ne pas passer de la dignité (qui impressionne, ce qui renvoie à la sensibilité donc au procès de sensibilisation par ce qui marque) au prix (qu’on évalue, ce qui renvoie à l’activité de l’entendement) quand on aborde la dimension réflexive. C’est ainsi qu’on va définir la dignité de manière philosophiquement absurde (mais structurellement nécessaire) en la considérant comme un prix « infini ».

Je le dis autrement : d’un point de vue réflexif, il est impossible de considérer que ce que nous respectons soit réellement respectable. Il l’est vraiment, oui, au-delà de toute éventualité réflexive, mais jamais totalement. C’est un des paradoxes principaux du respect, et par conséquent de l’autorité, que j’indique là, et dont vous allez tout de suite apercevoir la portée quand je vous aurai fait remarquer qu’à la réflexion, toute autorité est une sorte de puissance (par exemple on en fait une capacité d’influencer sans avoir recourir à la force – une puissance morale ou sociale). Or la notion d’autorité n’a précisément de sens qu’à l’encontre de celle de la puissance !  J’espère que vous apercevez ainsi le caractère crucial de la distinction que je vous propose du signe et de la marque, en même temps que l’exclusivité qui y est impliquée de la réflexion et de la vérité.

Concrètement, cela veut dire qu’il est impossible pour le respectable d’être respectable : il ne l’est vraiment qu’à ne pas pouvoir l’être réellement. Bien sûr, c’est à la « servilité » de l’expérience qu’il faut se rapporter ici, l’expérience où il s’agit de passer de la chose au savoir qui compte en elle s’inscrivant toujours dans l’horizon du signe. Voici mon argument : s’il y avait un caractère du respectable, alors nous pourrions en avoir l’expérience, or le propre de l’expérience est justement de poser que rien n’est respectable, puisqu’on ne peut avoir l’expérience d’une chose qu’à ce qu’elle ne compte pas (on la jettera dès qu’on aura extrait d’elle le savoir qui nous importe).

Le respectable dont nous aurions l’expérience (une expérience que dès lors il faudrait dire philosophique) ne serait en rien respectable, parce qu’alors on désignerait seulement un trivial de second degré : quelque chose qui peut bien faire illusion quand on le considère depuis la réalité commune qu’il transcenderait, mais qui laisserait tomber son masque une fois qu’on se serait réflexivement élevé au niveau de réalité immédiatement supérieur (un niveau supposé éthéré, par opposition au niveau du sensible commun) : cette réalité méta-physique, en tant que réalité, ne serait pas respectable parce qu’aucune vérité ne renverrait cette réalité à la trivialité des importances. Vous voyez à quelle position je fais allusion : celle qui considère la philosophie comme un savoir parmi les autres (ainsi dans nombre de colloques, il y a des « philosophes » qui prennent place à côté d’économistes ou de sociologues, dans un louable souci d’« interdisciplinarité »), position d’esclave pour laquelle il n’y a que des domaines d’importance (la philosophie est implicitement rangée dans les sciences humaines). A quoi j’oppose, fort banalement puisque c’est la position de tous les philosophes depuis toujours, la définition de la philosophie comme savoir de ce qui compte, autrement dit comme savoir de ce dont le savoir ne compte pas (d’où la problématique des « natures » et du nom, bref du génie, que j’ai développée l’année dernière). Et pour notre question, cette impossibilité de considérer qu’il y a un domaine du philosophique à côté des autres domaines se traduit par l’impossibilité de principe que le respectable (un objet philosophique, assurément) soit respectable. Je le dis autrement : rien ne saurait être respectable sans être divisé par l’impossibilité de l’être.

A mon avis, c’est cette nécessité, inséparable aussi de l’impossibilité que la philosophie est pour elle-même, qu’il faut nommer autorité.

La notion de l’expérience, la plus servile de toutes, s’oppose à celle du respect, et c’est depuis cette opposition qu’il faut penser l’impossibilité que le respectable est constitutivement pour lui-même, laquelle impossibilité est donc faut l’autorité (c’est comme impossible à lui-même qu’il impose le respect).

L’autorité est ce dont l’expérience est impossible, parce que le sujet de l’expérience, servile, ne peut jamais se plier que devant une puissance. Hannah Arendt remarque en effet que l’autorité conserve la liberté en obtenant l’obéissance. S’il y a de la liberté, le serf (le sujet de l’expérience – celui pour qui rien ne compte : ni lui qui s’est toujours déjà identifié à n’importe qui, ni les choses qu’il jette quand elles ont livré le savoir qui les habitait) ne peut pas être là ; or il est là uniquement quand il s’agit de se soumettre (à la semblance de soi-même, au savoir impliqué dans les choses) ; par conséquent ce dont l’expérience est possible est seulement la puissance ou plus exactement la domination (laquelle est la puissance subjectivement entendue), et jamais l’autorité.

Cette argumentation est très importante, mais elle ne fait que développer la distinction de la marque et du signe.

Il faut bien entendre que cette division est interne au respect lui-même (et donc, objectivement, au respectable), puisque le respect, encore une fois, concerne un distingué et non un différent. L’opposition de la distinction et de la différence, je la traduis par la nécessité pour le respectable de comprendre en lui-même la nécessité de l’expérience autrement dit du servile, bref de sa propre impossibilité – en gardant toujours présente à l’esprit la définition de l’esclave comme l’individu pour qui rien ni personne ne compte.

D’où ce paradoxe : là où le respect ne comprend pas la raison de ne pas respecter, il n’y a tout simplement pas de respect.

Ainsi on ne peut respecter l’humanité qu’à préalablement reconnaître la médiocrité de la plupart des hommes – telle qu’on peut la constater d’abord en soi-même. Qu’on refuse ce moment de réalité et on parlera seulement d’une espèce divine ou angélique, dont on pourra éventuellement admettre l’existence (auquel cas cette existence ne comptera pas : c’est l’angélisme qui comptera), mais en tout cas qu’on ne pourra pas respecter (puisque justement elle ne comptera pas) : on aura seulement l’idée de son existence métaphysiquement supérieure au reste de la nature, donnant lieu à quelque anthropologie théologique. Cette démarche sera donc une servilité, au sens de la « crainte servile », dont la notion est corrélative de celle du sublime comme état (notre intérêt bien compris serait de nous tenir dans la région sublime). Or l’état de sublimité, c’est le paradigme de l’imposture ! Seul le trivial en tant que tel (ce qu’il est impossible de respecter) peut ne pas compter et par là, justement de ne pas compter, être vrai (donc être non trivial et susciter le respect). Ainsi un homme dans la misère inspire-t-il nécessairement du respect, ce qui n’est pas le cas d’un intellectuel dont on pourrait au contraire s’imaginer qu’il le suscite toujours, de vivre dans les régions éthérées des idées. Dans l’ordre des idées, ce n’est pas l’intellectuel qui suscite le respect (au contraire : il est installé dans ses privilèges, bien plus réels que ceux que convoient les épiciers et les notaires), c’est le penseur : certes tout penseur est un intellectuel, mais précisément : cette réalité ne compte pas, en lui.   

Le refus de ramener la distinction à une sorte de différence ou, si l’on préfère, le refus de confondre la marque avec le signe, se traduit donc par l’impossibilité de considérer positivement le respectable : il ne l’est, précisément, qu’à ce qu’il n’y ait rien à respecter en lui (la misère, par exemple, n’a rien de respectable et il faut tout faire pour en débarrasser le monde)! Qu’il y ait positivement quelque chose à respecter, et l’on parlera d’estime morale, mais pas de respect. Qu’il y ait tout à respecter, et l’on est dans l’imposture : c’est d’un maître qu’il s’agira alors, autrement dit d’un esclave qui aura réussi, qui se sera totalement accompli comme esclave (figure qui n’inspire assurément pas le respect).

La division interne au respectable, dès lors qu’elle permet de dire qu’il n’y a rien à respecter dans ce qu’on a raison de respecter, c’est bien sûr l’expérience qui permet de la reconnaître : chacun peut faire à chaque instant l’expérience de la médiocrité humaine (on peut même considérer cela comme une expérience pure, puisque l’acte réflexif consiste à s’instituer éthiquement comme étant n’importe qui), et c’est à s’appuyer sur cet indéniable savoir qu’on pourra reconnaître qu’il ne compte pas, parce que le savoir n’est pas la vérité. La médiocrité humaine n’est pas la vérité de l’humain, bien qu’on puisse à la limite imaginer qu’elle en soit la seule réalité (au sens où Kant envisage qu’aucun acte moral ait pu n’avoir été accompli depuis le début du monde). Le savoir du respectable est par conséquent le savoir de sa trivialité, précisément comme savoir, c’est-à-dire comme asservi à ce qui ne compte pas mais dont on peut avoir l’expérience. Le modèle en est bien entendu la misère dont je viens de parler, mais aussi (autre figure de la misère) le point de vue dit du valet de chambre, dont Hegel dit qu’il atteste seulement que son sujet est un valet de chambre mais dont il faut, à mon avis, reconnaître la légitimité : c’est précisément de ce que leur réalité permet ce point de vue que certains hommes, pour cela distingués d’eux-mêmes (et ce qu’ils sont en réalité, c’est bien ce que voit leur valet de chambre), inspirent du respect. Comment la distinction serait-elle donc pensable, en dehors de la trivialité ? C’est le trivial qui est le sublime, précisément parce qu’il ne compte pas – lui qui est tout. C’est dans sa misère autant que dans sa pensée que l’humanité est grande.

Ainsi l’œuvre, répété-je, est épuisée d’exprimer son celui qui l’a produite : son inconscient, son fantasme, sa position dans le champ du savoir, s’y lisent à livre ouvert. Les idées philosophiques rendent ce truisme particulièrement évident (à mon petit niveau, j’ai fourni moi-même quelques pistes bien épaisses aux chiens qui ne sont certes pas ceux de la vérité). Comment pourrait-il en être autrement ? Et comment cette trivialité pourrait-elle ne pas épuiser ce qui est en cause ? Mais la vérité, c’est précisément (et uniquement !) que cela ne compte pas. C’est seulement quand on a tout expliqué par l’inconscient et par la place sociale qu’enfin la fausseté éthique d’en rester là s’impose.

Le critère du vrai, réflexivement, c’est cela : qu’il soit éthiquement faux (par opposition à scientifiquement faux) de se satisfaire du savoir qui rend totalement compte de la réalité considérée, parce qu’on aura alors décidé de confondre la réalité que le savoir aura établie, avec la vérité dont le vrai lui-même aura toujours déjà décidé. La fausseté éthique, c’est l’acte de dépossession, autrement dit le non respect, dont l’implication est la confusion de la vérité et du savoir. Le critère du vrai, quand on en pose la question en termes subjectifs, c’est donc le respect, comme leur distinction. Mais je ne fais là que réitérer la distinction du signe et de la marque. 

Je termine donc la séance d’aujourd’hui en définissant l’autorité comme l’impossibilité éthique qu’il y ait jamais une expérience du vrai, en tant qu’elle est posée comme telle : l’autorité, quand on en donne ainsi une définition négative et subjective, c’est tout simplement qu’on ne daigne pas : ni l’imposture du sublime, ni la servilité du savoir. Et cette position, c’est une marque – notion qui permet d’assumer la dimension positive de la vérité. J’en reviens à ma formule du début : l’autorité ne se signifie pas, elle se marque.

Je vous remercie de votre attention.

 

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