Cours du 13 avril 2001

 

L’autorité comme impossibilité à soi

 

Nous avons vu quelque chose de décisif, la dernière fois, à savoir que l’autorité ne s’entendait que du manque d’un terme dans le savoir disponible, terme à partir de quoi tout ferait sens et qui justifierait à la fois la notion de sagesse et l’attitude de transfert. Mais la sagesse est une imposture et le transfert une dissimulation, précisément celle de ce manque dans le savoir. L’autorité naît de cette double nécessité, dont le principe est toujours l’impossibilité de faire de la vérité une sorte de réalité ou, si l’on préfère, de considérer la distinction comme une sorte de différence. C’est pourquoi l’autorité est toujours une absence, un retrait : ne pas être là où l’on agit, parce que c’est depuis une absence radicale que se pose la nécessité de l’action. Un auteur, en ce sens, c’est quelqu’un qui manque dans le texte qu’il écrit : exactement le contraire de quelqu’un qui s’exprime, puisque l’expression est la présence du sujet dans ce dont il est le sujet. On peut en réfléchir cette nécessité philosophique en disant que l’impossibilité que la vérité soit autre chose que la réalité (impossibilité qui cause « éthiquement » le respect) est le sens du manque, qui est toujours celui d’un terme dans le savoir. Dans le cas de l’auteur, le terme qui manque est celui qui dirait enfin qui est l’auteur qu’on lit – ce que nous, lecteurs, saurons après coup en reconnaissant la « nature » de ce dont il nous aura parlé, en tant que ces natures doivent être compris à chaque fois comme la vérité. Par exemple l’ambition est vraie d’être balzacienne, la jalousie d’être proustienne, etc.

Autorité personnelle, première indication

Autrement dit, on peut poser après coup que le savoir manque d’un terme parce qu’il n’y, là où il s’agirait de dire ce qu’il en est vraiment de la vérité, tout simplement rien à dire, dès lors qu’il n’y a rien pour le dire ni personne pour le dire : Balzac décrivant des ambitions ou Proust des jalousies pouvaient-ils savoir ou dire qu’elles étaient balzacienne ou proustienne ? Ces termes sont précisément ceux qui manquaient, dans leur cas. C’est donc les natures, identifiées à leur impossibilité, qui font l’auteur. Affirmation décisive, à mon avis, pour penser l’autorité (tautologiquement et littéralement : caractère de l’auteur en tant que tel).

Cette corrélation, à mon avis, c’est le caractère secret du nom, tel qu’on le voit notamment à l’œuvre dans les « natures » dont s’occupe la philosophie. En toute autorité, il s’agit donc de ce secret, de cette impossibilité originelle d’un certain dit – et aussi par conséquent de philosophie.

 Assumer cette impossibilité en reconnaissant qu’elle engage non le savoir mais l’existence, c’est reconnaître sa propre vérité dans le terme manquant.

La vérité du sujet, c’est la vérité dont il est capable. La notion de métaphore personnelle dit cette nécessité, et j’y reviendrai sûrement pour penser l’impossibilité que l’autorité est forcément pour elle-même : une impossibilité qu’il faut, à mon avis, rapporter à l’aberration qu’est toute métaphore, autrement dit à son statut de discours impossible à tenir (on la tient, pourtant, mais seulement là où l’on est marqué – hors du lieu commun où l’on est toujours le même).

La vérité dont il est capable, précisément comme vérité, c’est celle qui lui est impossible, à cause de l’indisponibilité originelle et définitive du terme qui dirait enfin qui est le sujet concerné, et donc ce qu’il en est vraiment de tout pour lui (ce que nous reconnaissons en parlant de l’univers de Balzac ou de celui de Proust). La même nécessité qui rend impossible qu’on sache enfin ce qu’il en est vraiment de la vérité rend impossible qu’on réponde à la question qui, dès lors qu’on cesse de la confondre avec la question quoi. Cette distinction ne peut se dire que de manière délirante, puisque c’est une distinction et non pas une différence – autrement dit elle n’a de réalité que dans la métaphore (un délire qui « par ailleurs » est une comparaison). La vérité est d’effectuer cette impossibilité – et donc d’y répondre non pour soi mais pour la postérité entendue non pas comme l’instance à quoi il faudrait se soumettre (en quoi les hommes du futurs mériteraient-ils plus notre soumission que ceux du présent ?) mais comme l’après coup d’une réponse qui nous échappe toujours et qui, de ne pas rester perdue pour tout le monde, conserve suffisamment de positivité pour faire travailler. Par postérité, j’entends donc le lieu de reconnaissance des « natures », qui ne peuvent être inventées que dans une aberration, autrement dit que dans ce qui n’est pas un signe – la marque. La vérité d’un sujet réside toujours dans la marque qu’il laisse : celui qui ne marque pas n’est pas vrai parce qu’il n’a pas lui-même été marqué, ni par conséquent n’est jamais advenu comme sujet pour la métaphore, si vous m’accordez que la métaphore est le discours qu’on tient depuis sa propre impossibilité, c’est-à-dire depuis le fait de n’être jamais revenu de quelque épreuve (mais par ailleurs, c’est-à-dire là où la métaphore est une comparaison – donc là où elle ne fait pas autorité – on est toujours le même).

Voilà ce qu’on respecte, dans une personne : son impossibilité et par conséquent sa folie – non pas surtout comme une pathologie mais comme ce qui fait que la métaphore n’est une comparaison que « par ailleurs ». C’est ce que j’appelle sa vérité, ou encore sa distinction, cette distance qu’elle est avec elle-même – comme le qui se distingue du quoi.

Autorité : l’existence s’extériorise du savoir par le nom secret

Cette nécessité que je viens de poser est l’enjeu du respect : on respecte toujours à avoir reconnu dans ce qu’on respecte le secret du nom, autrement dit son manque, en tant que terme disponible. Bien sûr il sera disponible un jour, comme je viens de le dire, par exemple pour nous qui sommes désormais en mesure de reconnaître le caractère platonicien des Idées, des millénaires après la mort de Platon qui pouvait tout dire – sauf cela. C’est ce « sauf » qui constitue son discours comme vrai, en distinction de lui-même (c’est-à-dire de la métaphysique platonicienne). Là est l’autorité : le fait que Platon soit un auteur.

Par conséquent je peux dire que le respect vise ce terme absent qui dit en même temps la vérité qui compte (par opposition à la réalité qui importe) et qui dit ce qu’il en est vraiment de la personne : qu’elle existe en première personne, c’est-à-dire sans le savoir au sens où Platon ne savait pas que les Idées étaient de nature platonicienne, en pas simplement comme un sujet.

Dans tout cela, ma thèse est qu’il faut reconnaître le nom secret, celui que nous voyons à l’œuvre à la fois dans tout ce qui mérite d’être appelé vrai (cela qui ne peut se faire ou se dire qu’en première personne) et dans tout ce qu’on peut réfléchir comme vrai (les « natures » qui sont le seul objet de la philosophie, dès lors qu’on admet tautologiquement que tout philosophe est un penseur). Ce voir portant sur l’impossibilité au savoir, je dis que c’est la nécessité éthique. Un paradoxe d’ailleurs, que l’autorité appartienne autant à la vision qu’au langage. On parle toujours du regard de l’autorité. Mais je crois qu’en général on la confond avec la maîtrise ou encore, d’un point de vue subjectif, avec le surmoi. En vérité, il s’agit plutôt de ce voir qu’on mentionne en disant « je ne vois rien ». Retournons ce « voir », donnons lui un objet (dès lors impossible) et l’on parle de la première personne, donc du génie ou de l’éthique (ce qui est exactement la même chose, ici). Par exemple Platon voyait bien que dans les choses, ce qui comptait, c’était leur nécessité idéale. C’est dans ce voir qu’il était (vraiment) lui, qu’il était un auteur, que sa parole – manquant du terme qui aurait dit ce qu’il voyait – fait autorité.

La question de l’autorité est toujours celle du nom secret précisément en tant que secret, c’est-à-dire en tant qu’on ne peut pas s’en autoriser à la manière dont les médiocres se définissent non pas d’eux-mêmes mais de leur place ou de leur savoir (ce que tout le monde fait presque tout le temps – et ce que nul ne fait là où il est marqué). J’ai exprimé cela en disant que l’autorité était l’impossibilité éthique du transfert. Et certes, transférer (nous le faisons tout le temps, mais alors nous ne nous autorisons pas de nous-mêmes) consiste à s’autoriser d’un savoir supposé (par exemple, c’est forcément du savoir médical qu’on s’autorise pour être malade), autrement dit à considérer, à l’instar du sujet servile de l’expérience, que c’est toujours le savoir qui compte. Eh bien, je crois qu’on peut nommer autorité la simple impossibilité éthique de cette position. Ainsi celui qui s’autorise de lui-même ne verra pas dans le savoir qu’il suppose aux autres la vérité de ce qu’il fait (exemple de l’artiste qui continue à suivre sa voie, qu’il rencontre ou non l’approbation du public – exemple aussi de la postérité au sens habituel, qui détiendrait l’ultime vérité de la valeur des choses), et verra encore moins dans les confirmations de l’expérience la preuve qu’il a raison.

Parce qu’avoir raison ne consistera jamais à se soumettre mais, justement, à s’autoriser de soi-même (autrement dit la vérité réside dans les effets de déplacement de ce qui est fait en première personne : de ce que nul ne peut ni ne doit faire à notre place).

Le meilleur exemple de cette nécessité est évidemment la philosophie : qui se demande jamais si le monde correspond effectivement à la doctrine de tel ou tel métaphysicien ? Personne n’aurait l’idée de croire à la volonté en Dieu ou au vouloir vivre, alors qu’on a raison de lire Malebranche et Schopenhauer, d’y reconnaissant le génie autrement dit la vérité (il s’agit de livres qu’un seul pouvait et devait écrire). Je le dis autrement : on a raison de les lire parce que ce sont des auteurs – terme qui, je le répète, indique seulement l’autorité (par opposition à la trahison de soi-même de celui qui s’autorise de son savoir ou de sa place). Et l’autorité, c’est s’autoriser de son propre nom secret, celui dont sans le savoir tout relève non pas quant à sa réalité mais bien quant à sa vérité, dont les « natures » sont toujours l’indication philosophique.

La signification du respect apparaît donc inséparable du caractère secret du vrai nom, celui là même dont toute philosophie est uniquement la réflexion : on ne respecte jamais que du philosophique, en tout – puisqu’il n’y a jamais philosophie que des « natures », comme toute l’histoire de cette discipline l’enseigne.

Ce qui revient plus simplement à rappeler que la philosophie est le discours autorisé en tant que tel : celui qu’on ne peut tenir qu’en première personne. Là est la distinction, notamment, qui définit la philosophie à l’encontre de la métaphysique. C’est dans ce déplacement que je vois la vérité de ces doctrines c’est-à-dire leur autorité.

Mais qu’est-ce que cela veut dire, concrètement, cette causalité « distinctive » du nom propre (c’est-à-dire du nom secret) ? autrement dit : qu’en est-il de ce qui a été fait en première personne ? Tout le monde connaît la réponse à cette question : cela signifie que, dans des œuvres comme celles dont je viens de parler, ce qui comptent n’est pas qu’elles nous représentent plus ou moins adéquatement une réalité à laquelle il faudrait avoir depuis toujours décidé de se soumettre, mais c’est simplement qu’elles existent !

Ce qui compte, c’est donc indistinctement le nom secret (nom de l’auteur comme tel c’est-à-dire justement comme impossible à reconnaître pour soi : être soi sans le savoir) et l’existence. L’autorité est cette indistinction comme extériorité au savoir.

L’autorité apparaît ainsi dans l’impossibilité d’opposer le nom secret et de l’existence : c’est de manquer dans la disponibilité générale du savoir que le nom secret correspond à l’existence. Car l’existence, tout simplement, c’est l’impossibilité que le savoir puisse jamais compter. Et comment l’existence pourrait-elle renvoyer le savoir à son essentielle inanité, si elle ne le faisait depuis l’impossibilité qu’il soit jamais total, autrement dit depuis le manque d’un certain terme qui dirait enfin ce qu’il en est vraiment de tout en disant le vrai sur le vrai ? Bref, « tout sauf ce qui compte », voilà la formule de l’autorité, indistinction du secret du nom propre et de l’existence de l’œuvre. On appelle respect sa reconnaissance.

Exclusivité de l’autorité et de la réflexion

L’autorité est l’impossibilité éthique d’opérer une distinction entre l’impossibilité de dire le nom des « natures » et une existence qui, dès lors qu’elle est ce qui compte dans le vrai, doit dès lors être dite propre. Ainsi : ce qui compte dans l’œuvre de Platon, c’est qu’elle existe et non pas qu’elle nous apprenne ceci ou cela ; et cette vérité est inséparable de ceci que, dans les objets de Platon, tout est de « nature » platonicienne. L’existence et le nom secret sont comme le recto et le verso de l’autorité. Concrètement, cela signifie que nous éprouvons du respect pour le vrai parce qu’il est autorisé d’un nom que nous reconnaissons pour secret (par exemple quand nous parlons de la causalité platonicienne entre l’idéal et le réel) et parce que c’est en lui-même, et non pas comme objet de notre aperception, qu’il existe.

Dès lors  rien de ce qu’on pourra dire du vrai ne comptera jamais (en opposition, par exemple, à ce qu’en dit Platon quand il est en impossibilité de lui-même c’est-à-dire dans son propre génie). Dire cela, c’est dire qu’on restera marqué d’avoir rencontré le vrai ou, inversement, que l’on doit nommer vrai ce qui marque – de renvoyer à rien ce que, par ailleurs, nous aurions raison d’en dire.  

Je reviens à ma notion essentielle en disant que là où le savoir ne compte pas est la marque. C’est pourquoi on peut indifféremment définir le vrai en disant qu’en lui ce qui compte c’est qu’il existe, et en disant qu’il est produit comme tel par la marque – par exemple tel texte qui n’a pas été écrit par celui que Platon était « par ailleurs » et que n’importe qui comprendrait. La marque barre la compréhension (ce n’est pas un signe) et par là amène dessine un lieu de vérité comme le lieu d’origine de notre respect. Inversement, le respect tel que l’impose l’indistinction du caractère secret du nom et l’existence de la chose désigne la marque – dont la notion de génie est expressément l’indication.

Ce qui n’est pas marqué est toujours déjà épuisé par le savoir qu’on peut en avoir et qui est seul à compter (autrement dit c’est un objet d’expérience) et son existence ne compte pas. Et dire cela, c’est dire qu’il est sans vérité, puisque sa vérité n’est pas la sienne : c’est mon savoir. En quoi on désigne la réflexion. C’est le même de dénoncer, comme je le fais, l’expérience comme lieu de la vérité et de souligner son caractère réflexif (réflexif signifie que ce qui est concerné ne compte pas et qu’en tout il s’agit de soi comme sujet du savoir).

Jamais, paradoxalement, la réflexion ne fait donc autorité (sinon circulairement pour la réflexion elle-même) – puisque ce qui en dirait la vérité toujours et que c’est précisément en cela qu’elle est l’autorité. Là où il y a réflexion, l’autorité est impossible : si je n’obéis qu’aux ordres que j’approuve, c’est simplement que je n’obéis pas. Pas de différence par conséquent entre s’installer dans l’attitude réflexive et ne pas respecter l’autorité, c’est-à-dire ne pas la reconnaître.

On le voit aussi bien dans le domaine des études philosophiques où le travail des commentateurs, si intelligent et savant qu’il soit, est voué à l’oubli avant même d’être rédigé (les commentateurs platoniciens ou cartésiens qui faisaient éventuellement autorité auprès de leurs semblables il y a quelques lustres, on retrouvé aujourd’hui leur néant naturel) par opposition à celui des auteurs qui comme tels, c’est-à-dire précisément comme autorités, seront lus tant qu’il y aura des êtres humains capables d’être en question pour eux-mêmes (Platon ou Descartes, il faudra toujours les lire puisque c’est notamment d’être marquée par eux que l’humanité est vraiment elle-même).

Mais on le voit encore mieux dans le domaine qui se définit expressément par la réponse réflexive qu’il donne à la question de l’humanité, et qui est la morale (agir bien, c’est faire ce que n’importe qui aurait raison de faire). En effet : l’obligation morale n’est qu’une idée, si elle ne renvoie pas à une décision irréfléchie, que pour cette raison on dira éthique, concernant la position qu’on prendra relativement à elle. Car il ne suffit pas que la nécessité morale soit réelle : il faut encore qu’elle soit valable et qu’elle le soit valablement ! De même que les stoïciens demandaient paradoxalement de « prouver la preuve », de même devons-nous reconnaître avec Kant que la question de la morale n’est pas du tout celle de la volonté réflexive (sinon nous serions naturellement des saints, la moralité étant identique à l’exercice de la volonté, c’est-à-dire au fait d’agir d’après la représentation de la loi) mais celle du libre arbitre, quelque chose d’incompréhensible à la réflexion mais où nous ne pouvons nous empêcher de situer la réponse à la question de savoir qui une personne est vraiment ! Là, et non pas dans l’universalité réflexive, se pose la question de l’autorité de la morale qu’une personne peut exercer.

Rien de ce que nous posons réflexivement ne fait jamais autorité, parce qu’il faut préalablement avoir décidé de la valeur qu’on accordera à la réflexion, et que c’est seulement au niveau de cette décision qu’on peut parler d’autorité – précisément parce que c’est une décision (éventuellement pour une éthique de la trahison) et non pas un choix.

Ainsi, il est impossible de choisir le mal : ni formellement car alors il s’agirait de bonne volonté (la volonté étant bonne de faire abstraction de ses objets, dit Kant) ni matériellement car la souffrance est le seul rapport que nous puissions avoir à la réalité du mal ; par contre, on peut avoir décidé depuis toujours d’être mauvais. Et cela ne peut pas être réflexif, forcément. Eh bien c’est là, au lieu de cette décision que Kant appelle le libre arbitre, que se situe la possibilité pour une personne concrète (par opposition au représentant anonyme de l’humanité que quiconque est forcément) d’être respectée, parce que c’est là qu’elle est en absence d’elle-même.

On n’est jamais contemporain que de ses choix (effectuation du savoir comme tel dans sa dimension de production subjective) parce que la question de la présence est identique à celle de l’anonymat (je choisis toujours ce que n’importe qui choisirait à ma place). Par contre la décision est toujours passée, elle est toujours déjà prise, parce qu’en elle l’instance n’est pas la réflexion mais la sensibilité – laquelle est instituée comme telle par les marques.

En effet, y reconnaître le lieu de l’éthique, c’est reconnaître qu’elle n’est pas naturelle ; et si elle n’est pas naturelle c’est qu’elle est produite – dès lors forcément par les marques, puisque marquer et sensibiliser (au sens de rendre sensible) sont le même. Toute marque étant marque de l’origine (elle est le reste de l’épreuve – donc du sujet qu’on est « désormais »), il appartient à la question de l’autorité de ne se poser qu’au passé, parce qu’il n’y a d’origine que passée – ou plus précisément que plus ancienne que toute ancienneté. C’est la raison pour laquelle il est impossible de prendre une décision présentement : la prendre, c’est constater qu’elle est prise au fond de soi depuis un certain temps (parfois depuis toujours, comme le remarque Kant à propos du libre- arbitre). L’autorité se constitue de cette impossibilité de sa propre présence, phénoménologiquement.

La distinction du choix et de la décision (ou, en langage kantien, de la volonté et du libre arbitre) fait apercevoir que la réflexion a seulement  l’autorité qu’on lui accorde, ce qui signifie tout simplement qu’elle n’en a pas. Comprendre que l’autorité est exclusive de la réflexion, autrement dit que l’autorité est une question d’éthique, c’est comprendre que sa question est encore celle de la marque – de l’épreuve dont on n’est pas revenu, et dont par là même procède le vrai.

Je ne dis rien là de nouveau : nous le savons depuis longtemps, exactement depuis que j’ai indiqué qu’on ne respectait jamais que les gens qui sont d’une manière ou d’une autre marqués. Les autres, on a seulement l’idée qu’il faut les respecter. C’est l’opposition du respect en général qui vaut pour n’importe qui (une nécessité purement idéale et abstraite) et du respect particulier qui concerne toujours des êtres distingués. Et distingué, cela veut dire marqué.

L’autorité est par conséquent toujours du côté du passé. Ce passé de l’autorité qu’on désigne en parlant des marques (ou de l’origine car toute marque l’est de l’origine), c’est de lui qu’il s’agit dans la philosophie, réflexion (présente) de ce qui est déjà vrai et qu’on peut nommer les natures au sens où elles sont des marques. Par exemple le rapport de l’Idée et de la réalité n’est rien d’autre que la marque qu’y a imprimée Platon, dès lors autorisé de lui-même comme impossible autrement dit auteur.

J’arrête ici et je vous remercie de votre attention.

 

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