Supplément à la communication UPN du 10 décembre 2025 

De quoi la notion de valeur est-elle exactement la question ?

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La question de la valeur est d’abord celle des choses qui ne sont jamais données n’importe comment. Par exemple la neige qui tombe à gros flocons un matin de Noël est donnée esthétiquement – d’où l’impossibilité de ne pas la dire belle ; mais bien sûr qu’on peut concevoir qu’un autre jour et pour un automobiliste aveuglé par les bourrasques, elle soit donnée dangereusement – d’où alors l’impossibilité de ne pas la dire dangereuse. Jamais la neige ne peut être que la neige – et c’est bien de cela qu’il s’agit quand on parle de valeurs : de l’impossibilité pour aucune chose d’être seulement ce qu’elle est. De fait, que je parle d’eau cristallisée ou de réfraction de la lumière en espérant accéder à quelque neutralité axiologique et c’est alors la valeur particulièred’objectivité que je mettrai en œuvre, la neige elle-même n’étant plus donnée esthétiquement ou dangereusement comme tout à l’heure mais scientifiquement.

C’est ensuite une question qui est la nôtre mais à la condition qu’on ne confonde pas ce qu’on fait, dont notre responsabilité est alors identique à la norme dont cela relève (par exemple la responsabilité du maçon est définie par les normes de la construction)avec le fait qu’on le fasse, dont la responsabilité n’est dès lors plus anonyme mais au contraire personnelle (qu’on soit maçon ne relève pas de la maçonnerie mais des valeurs de celui qui a choisi – ou du moins accepté – de l’être et qu’il serait absurde de supposer à tout le monde). Car la distinction des normes anonymes et des valeurs personnelles est la même que celle que la responsabilité est pour elle-même : on n’est responsable de ce qu’on fait (normes) qu’à d’abord être responsable de le faire (valeurs). De sorte que le sujet indifférent qu’on est en faisant ce qu’on fait (par exemple si on soigne, on est un médecin dont la responsabilité est précisément de faire ce que n’importe quel médecin ferait et donc d’être un médecin absolument quelconque) ne l’est que dans la responsabilité personnelle de l’être (c’est Pierre, qui a décidé d’être médecin parce que cela correspond à ses valeurs). Ainsi la notion de la valeur est aussi bien celle du redoublement de notre responsabilité ou, si l’on préfère, de l’antériorité que celle-ci est toujours pour elle-même, divisée qu’elle est en normes dont l’application va rendre valable ce dont on est sujet, et en valeurs dont la mise en œuvre va faire qu’il est valable qu’on en soit sujet.

Le problème posé par cette notion est donc le suivant : comment la manière dont les choses s’imposent à nous malgré nous (par exemple esthétiquement pour la neige, dont il m’est aussi impossible de nier la beauté qu’il m’est impossible d’en nier la blancheur) peut-elle aussi bien s’entendre comme l’antériorité que nous sommes de nous-mêmes dès lors que sujet on ne l’est qu’à l’être personnellement c’est-à-dire que dans la responsabilité préalable de l’être – laquelle en est donc aussi bien l’impossibilité. La question prend figure d’énigme : comment l’impossibilité pour moi que je sois celui que je me trouve être (celui que « je » n’ai pas demandé à être, que « je » puis être fier ou au contraire honteux d’être, celui que « je » puis anéantir en mettant fin à mes jours, etc.) peut-elle aussi bien se comprendre comme l’impossibilité pour les choses d’être seulement ce qu’elles sont ? 

En somme, tout se ramène à la nécessité de penser une seule idée, dont l’étonnant est qu’elle soit la même pour les choses et pour les personnes : qu’il soit impossible d’être, et que cette impossibilité n’aille jamais sans être déterminée.